What is left to producers ?

C’est dans le grand hall de l’Hotel du Manoir de Savoie que se tenait la conférence « What’s left for producers ? » dans le cadre du village industry. Après une première discussion sur les GAFAN la veille, cette discussion modéré par Alexandra Lebret, Directrice Générale de EPC vise à définir le rôle du producteur aujourd’hui, s’intéresser à son évolution passée pour se poser la question de son devenir. Autour de la table de grands acteurs du cinéma européens ont été conviés. Gregory Faes – Directeur Général de Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma , Karel Och – Directeur Artistique du festival international de Karlovy Vary, Nik Powel – Producteur chez Scala (UK) et François Yon – Directeur Général de Playtimemais. Dans la salle aussi, on est appelé à donner notre point de vue pour contribuer au débat. Plus qu’une conférence il s’agit plutôt d’une discussion où chacun exprime son point de vue.

A la question : « alors, qu’est ce qui a changé pour les producteurs ? », K.O et G.F opposent des réponses qui expriment une attitude sereine et apaisée face au bouleversement que connaît le monde de la production. Pour le directeur du prestigieux festival de Karlovy Vary, un film produit par Netflix, tel que Roma, ne fait pas de différence, notamment par rapport à sa sélection en festival. G.F rajoute que pour lui, même si le « way of producing » a changé, il fait toujours le même « job », qui consiste à accompagner des talents, et toujours faire un autre film.

F.Y, de son côté, trouve que la menace qui pèse sur le monde de la production générée par la concurrence écrasante des plateformes, provoque « such an exciting period to be a producer », et que bien au contraire, il ne s’agit plus de s’improviser producteur en utilisant l’argent de sa famille pour produire, mais qu’il faut désormais penser des montages financiers de plus en plus sophistiqués et complexes, qui impliquent de faire des choix très en amont des projets vis-à-vis des fonds que l’on compte solliciter.

Pour N.P, « everything is changed, but it feels exactly the same ». Personnage le plus confiant de la conférence, il estime qu’il y a tout de même encore énormément d’argent sur le marché, et qu’importe s’il a changé de pôle, qu’il suffit d’aller le chercher. A ses yeux, Netflix ne représente qu’une autre forme de studio des années 60, et qu’avec l’apparition de la cassette vidéo, on pouvait déjà regarder des films dans son canapé quand on le voulait, et que dans tous les cas, il faut s’adapter à ce que le public veut, même si cela implique de produire des contenus qui ont vocation à être binge watché au fond de son lit.

A ces positions qui reflètent de la stabilité ou de l’excitation face aux transformations du secteur, un producteur interrogé dans le public soulève que l’avenir des producteurs indépendants est toutefois conditionné à la réglementation qu’il faut imposer aux plateformes. La seule façon de résister face aux géants et de protéger les producteurs qui font la diversité, serait une organisation à l’échelle européenne obligeant les OTT à payer des taxes pour avoir accès au marché européen, ce que les Etats-Unis ont déjà mis en place à travers l’action des syndicats (DGA). Par exemple, en France, il semble même injuste pour qu’une aussi grosse société qu’UGC soit taxée, alors que Netflix peut agir en toute liberté et de façon défiscalisée.

Or, il est devenu évident que Netflix est devenu un acteur intégré au marché à part entière, les distributeurs prenant en compte les sorties sur la plateforme au titre presque d’une sortie en salle pour leur programmation, et en effet plusieurs se sont abstenus par exemple d’envisager un lancement la semaine du 14 décembre, jour de « sortie » de Roma sur la plateforme…

D’autres pensent que l’on fonctionne avec Netflix exactement comme si l’on vendait un programme à une chaîne, sauf que l’on ne peut pas avoir accès aux chiffres. Si la plateforme s’identifie si bien à des pratiques professionnelles en usage, pourquoi ne sont-ils toujours pas soumis aux obligations que respectent les autres acteurs du secteur ?

Le changement bien réel dû à la conjoncture, s’exerce sur les films de patrimoine, dont la valeur est diluée en raison du trop grand nombre de films produits. Certains producteurs se demandent s’il faut persister à produire les films dont on sait qu’ils ne feront pas d’audience, ni de RNPP. En sous texte, cela veut dire se diriger vers une production et un goût globalisés, et aller à contre courant de ce que le système français permet encore de faire, c’est-à-dire produire des films sans se poser la question du public ou du succès …

Dans la salle, un intervenant souligne que lorsque l’industrie musicale a été touchée de plein fouet par l’avènement du numérique, les auteurs se sont mis à s’autoproduire, et aujourd’hui les grands studios font plus de licensing qu’elles ne produisent les auteurs.

Njoki Nyoli et Lucas Depraeter